Trois concerts le 18 septembre 2022

Le dimanche 18 septembre 2022, l’ensemble Le Concert Brisé donnera trois concerts à l’église de Boissy-l’Aillerie à 15h, 16h et 17h. Le public y entendra de la musique du XVIe siècle et les instrumentistes leur feront découvrir l’art de la diminution.

Accès : église de Boissy-l’Aillerie, 1-7, rue Ferdinand Jacob 95650 Boissy-L’Aillerie

Train : gare de Boissy-L’Aillerie, sur la ligne Paris Saint-Lazare – Gisors. Durée du trajet : 54′

Voiture : autoroute A 15, sortie 13. Durée du trajet : environ 40 minutes.

Boissy l’Aillerie, église

18.09.2022

Le chant des oiseaux ou l’esprit de la diminution

Les ornements et les accents se font en brisant et rompant les notes, en ajoutant une quantité de notes qui ont nature d’être plus rapidement exécutées. Ils donnent tant de plaisir et de délectation, qu’on dirait entendre un grand nombre d’oiseaux dressés, qui, de leur chant, nous ravissent le cœur et nous laissent tout émus.

Zacconi, Prattica di Musica, 1596.

Concert I

Anon. Pavane El bisson e sua gagliarda

Jacques Arcadelt : Il bianco e dolce Cigno

Andrea. Gabrieli Egredimini et videte passeggiata (claviers)

Andrea Gabrieli Maria Stabat ad monumentum

Pierre Attaignant basse danse La Brosse

Concert II

Anon. La paduana del Re e sua gagliarda

Philippe Verdelot Italia mia

Suite de danses (Intabulatura nova, Venice, 1551),

Pass’e mezzo nuovo primo/Gamba gagliarda/Le force d’hercule

Fusi pavana a piana/Saltarello del Re

Josquin des Prez Mille regrets

Anon Il Ballo del gran duca

Concert III

Pierre Attaignant basse danse La Brosse ou Pavane Gaillarde (Dutertre, 1557)

Cipriano de Rore Anchor che col partire

Antonio Cabezon différencias sobre la gallarda milanesa

Nicolas Gombert: Dezilde al caballero

Anon. Aria e saltarello sopra La Monica ou Une jeune fillette

« Et parce que cet instrument [le cornet] doit sonner la Musique presque toute en diminution, il est nécessaire que celuy qui veut apprendre à en ioiier, sçache composer, & qu’il soit bon Musicien, afin qu’il fasse, les fredóns & les diminutions bien à propos ». Marin Mersenne, Harmonie Universelle, Paris, 1636, Livre cinquiesme des instruments, p. 275.

[Indications sous réserve de changements mineurs]

La majeure partie des diminutions est écrite selon les préceptes du grand joueur d’instrument Silvestro Ganassi (1492/après 1565) selon les recommandations données dans son ouvrage didactique La Fontegara (Venise, 1535). Dans ce cadre, nous avons laissé néanmoins une grande place à l’improvisation de diminutions plus personnelles.

La diminution, le fait de fractionner la durée d’une note, en jouant plus de notes que le support musical n’en comporte, est une pratique partagée par toutes les musiques savantes, populaires, écrites ou orales. Cette pratique est abondamment décrite de la Renaissance à la fin de l’ère baroque dans tous les pays d’Europe. La partition imprimée, dès 1500, n’était que le squelette de l’œuvre musicale : squelette exprimant la perfection du monde des nombres, par le jeu des proportions et des règles du contrepoint. Ce squelette était nécessairement habillé de diminutions et d’ornements destinés à « embellir le corps musical ». Cette pratique « ordinaire », normale et normative a eu, virtuosité oblige, son côté «extraordinaire». La diminution, absente de la partition, est encore plus : elle est un élément essentiel de l’œuvre musicale même. Marin Mersenne, comme Zacconi, compare la diminution (bien conçue et bien exécutée) au chant des oiseaux :

Mais de toutes les Nations qui apprennent à chanter, et qui font les passages de la gorge, les Italiens mesme qui font une particuliere profession de la Musique, et des recits, avoüent que les François font le mieux les passages, dont il n’est pas possible d’expliquer la beauté et la douceur, si l’oreille ne les oit, car le gazoüil ou le murmure des eaux, et le chant des rossignols n’est pas si agreable; et ie ne trouve rien dans la nature, dont le rapport nous puisse faire comprendre ces passages, qui font plus ravissans que les fredons, car ils sont la quinte-essence de la Musique. Marin Mersenne Harmonie universelle, Livre second des chants, p. 40.

La puissance de l’expression musicale liée à la diminution est, selon Marin Mersenne, une constatation de la raison :

Or si l’on doit iuger de la methode de chanter par la raison, il faut confesser que celle qui a plus de puissance sur les auditeurs est la meilleure, car cette delicatesse de passages que les meilleurs Maistres enseignent n’ont point d’autre plus grand effet qu’un certain chatoüillement d’oreille, qui semble passer iusques à l’esprit et au coeur, particulierement quand ils sont soustenus, et qu’ils durent long-temps. Marin Mersenne, Harmonie Universelle, Livre premier des Chants, p. 42.

La diminution, d’essence vocale, n’est l’apanage exclusif de la voix, ni d’aucun instrument. Marin Mersenne attend aussi des cornettistes qu’ils maitrisent cet art et ce, dans l’exécution de la musique, de manière quasi continue :

« Et parce que cet instrument [le cornet] doit sonner la Musique presque toute en diminution, il est nécessaire que celuy qui veut apprendre à en ioiier, sçache composer, & qu’il soit bon Musicien, afin qu’il fasse, les fredóns & les diminutions bien à propos». Marin Mersenne, Harmonie Universelle, Paris, 1636, Livre cinquiesme des instruments, p. 275.